J'aime les vieilles photos. Celles de la famille ou les autres. Les regarder c'est continuer à faire vivre ceux qui ont disparu. Leur dire que même si leur passage ici fut bref, on pense à eux, ils ne sont pas oubliés...


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Je suis tombée il y a quelques temps sur une photo de mes arrière-grands-parents.

 

J’ai imaginé une scène (vraiment fictive concernant les circonstances de cette photo) derrière ce cliché sépia.

 

Nous sommes en 1914 à Roubaix, la guerre n’a pas encore éclaté.

 

Le jeune Marcel, à la moustache et à la barbe fringantes dont il est si fier, est un garçon volubile qui travaille à l’usine Motte-Porisse et plus précisément dans les bureaux. En dehors du travail, il fréquente la jolie et douce Marthe. Elle travaille avec ses deux sœurs rue de Mouvaux dans la corsetterie qu’elles finiront un jour par acheter. Les sœurs de Marthe, Elise et Andréa, n’apprécient pas vraiment Marcel : elles ont mis en garde leur sœur, le jeune homme fréquente beaucoup trop les troquets avec ses amis mais surtout elles l’ont déjà surpris en train de courtiser d’autres demoiselles. Marthe ne veut rien entendre et attend chaque jour le petit mot que Marcel lui fait porter par le biais d’un jeune garçon qu’il paye quelques sous. Sur ce petit mot en général, il lui donne rendez-vous après le travail pour une promenade, du côté du parc Barbieux.

 

Après quelques années - il faut le dire, de fréquentation assidue, Marcel a fait sa demande aux parents de Marthe, dans les règles de l’art. Il sait que même si les autres femmes l’attirent, Marthe est celle qu’il aime et à laquelle il pense toujours. Elle lui a été d’un grand soutien et d’un grand réconfort lorsqu’il a été réformé pendant la guerre à cause de sa cheville handicapée, il s’est senti déshonoré de ne pas pouvoir aller se battre aux côtés de ses camarades…

 

Afin d’immortaliser ce grand moment, Marcel a pris rendez-vous chez le photographe DeMaeyer-Cappaert dans la Grande Rue. Marthe a demandé conseil à ses sœurs pour savoir lequel de ses chemisiers elle porterait. Sa mère a coiffé son chignon pour qu’il soit impeccable. Marcel quant à lui est allé chez le barbier et a choisi la tenue du dimanche.

 

La séance a duré un petit moment, il a fallu auparavant déterminer la pose et les accessoires nécessaires pour cette photo qui sera bientôt accrochée dans le futur salon des presque époux pour quelques décennies…

 

Ils sont si sérieux et ont tellement d’allure sur ce cliché…

 

Prendre une photo à cette époque et prendre une photo aujourd’hui… Deux exercices complètement différents. Que diraient-ils ces fiancés stoïques s’ils nous voyaient aujourd’hui avec nos smartphones et nos selfies ?

 

Quand je les regarde ces jeunes fiancés, voire même jeunes mariés car mon arrière-grand-mère porte une alliance, je me demande s’ils savent à ce moment précis de la pose, que presque 100 ans plus tard, quelques-uns se souviennent encore d’eux… Eux pensent sûrement qu’après ils iront se balader du côté du parc Barbieux où leur âme est restée, oui presque 100 ans... Quelques secondes et figés pour l'éternité...

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