Fria, Guinée, 1958

Vous aviez aimé le petit exercice que j’avais réalisé sur mes arrières-grands-parents semble t-il (article ici).

Mon père m’a offert la photo de mes grands parents il y a quelques temps maintenant et en la regardant je me suis dit : pourquoi pas un autre petit exercice dans la même veine ?

J’ai demandé à papa quel était le lieu, l’année, le contexte de cette photo. (Bien sûr, comme pour la photo de mes arrières-grands-parents, ce sera légèrement fictif).

Mais avant tout, je vous situe un peu l’histoire : Mikhail (on a francisé son prénom en Michel), mon grand-père polonais a épousé Joséphine, jolie brune (au caractère bien catalan) à la fin des années 40. Ils ont eu deux enfants dont mon père. Mes grands-parents sont partis vivre quelques années en Afrique car Michel travaillait pour une société française qui avait commencé à implanter quelques usines là bas, ils ont donc vécu plusieurs années entre le Sénégal et la Guinée. Mon père est né à Dakar. Je ne vous raconte pas les anecdotes savoureuses sur cette vie dans la brousse qu’il nous racontait à ma sœur et moi quand nous étions petites !

En regardant cette photo, je ne vois qu’un seul mot : « bonheur ». C’est un instant T, un état furtif et cette photo est le reflet d’un de ces moments de bonheur gravés pour toujours dans la pellicule…

Samedi fin de journée. Perry Como chante son tube de 1954 « Papa Loves Mambo » à la radio. Joséphine porte une robe en coton fabriquée avec le tissu qu’elle trouve au marché de Fria, elle l’achète au kilomètre et Michel aime la taquiner car son tissu sert autant à fabriquer les rideaux, les nappes et quelques vêtements pour elle et les enfants, si bien que la maison et la famille sont assorties ! Joséphine le tape toujours gentiment en faisant sembler d’être énervée.

Ce jour là, les enfants sont restés avec la nounou. Michel et Joséphine sont chez leurs amis qui habitent à quelques kilomètres de chez eux. Ils se réunissent à tour de rôle chez les uns et les autres pratiquement tous les week-ends. Eux recevront leurs amis la semaine suivante, une dernière fois à vrai dire car dans quinze jours, Michel entame ses deux mois de congés consécutifs. Ils ne tombent pas forcément en même temps que les vacances d’été des enfants : aussi les enfants intègrent les classes en cours d’année aussi bien en France qu'en Afrique, ce n’est pas toujours simple. Mais les enfants adorent les allers et les retours en bateau entre les deux continents, plus d’une semaine de traversée ! Arrivée et départ depuis Marseille, on retrouve les copains, on s’installe de nouveau dans la maison de Rivesaltes dont les meubles sont recouverts de draps blancs. On n’a pourtant qu’une envie c’est de repartir pour de nouvelles aventures. Et ce sera le cas pendant encore quelques années… A nouveau ce sera le retour en terre africaine. Ces contrées, ils les ont dans la peau.

Je me souviens que mes grands parents parlaient toujours de ces années avec amour, comme si leur vie était restée là bas… Ils me racontaient que par exemple, ils allaient souvent se baigner dans un lac et étaient toujours étonnés d’être toujours seuls à s’y baigner. Ils en avaient fait la remarque à leurs amis qui les avaient regardés avec de grands yeux : personne n’y va car l’endroit est infesté de crocodiles ! Eh bien on ne les y a plus repris ! Ils en avaient encore et encore des anecdotes comme celles là ! Je ne suis jamais allée en Afrique mais mes grands parents m’y ont emmenée avec leurs souvenirs !

Revenons à la photo. Un arbre géant dans le jardin permet de rester à l’abri du soleil. L’apéritif est bien frais. Michel prend toujours un Martini, tandis que Joséphine s’essaye au SeaBreeze un cocktail qui fait fureur en Amérique. Michel porte sa tenue favorite : un bermuda beige, une chemisette blanche, il a la coupe à la brosse. Avec la chaleur, il a dû abandonner les costumes croisés et ses chapeaux. Son fils regrette de temps en temps son allure à la Elliot Ness mais celle ci il l'aime bien aussi : son père a des allures d'aventurier !

Installée confortablement dans un transat, Joséphine lui tend une galette de manioc… Michel en est encore quitte pour faire rire avec ses anecdotes de chantier. Joséphine les connaît par cœur. D’autres amis doivent bientôt arriver, et quand la nuit sera tombée, quelques lampions seront allumés. La radio passera des morceaux du moment et on dansera un peu. Michel adore entraîner sa femme contre son gré. Une fois lancée pourtant elle se débrouille plutôt bien sur un cha-cha-cha ou une sardane, cette dernière danse, elle la connaît depuis toujours, c'est une danse de chez elle.

Mais avant de danser, on servira certainement des mets typiques de la région comme du riz wolof et du poisson braisé.

C’est un moment, un instant T, comme nos vies en sont faites… On aime se rappeler de ces moments… Le syndrome de l’âge d’or me poursuit encore : tout était mieux avant, je suis sûre que Michel et Joséphine seraient d'accord avec moi. Et j'ai cette impression chaque fois que je retourne chez mes grands parents. Ils comprendraient certainement ma passion pour le vintage...

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